Tous les jeudis à 16h30, Nicolas Jobin nous donne son opinion sur les albums qu'il a écouté pendant la semaine.



Voici ce que vous avez manqué dans la Chronique du disque du 24 septembre

Artiste: Kevin Hearn and Thin Buckle
Titre: Havana Winter
Étiquette: Warner Music Canada
Note: B -
Bien qu’il en soit à son cinquième album solo, Kevin Hearn, ce musicien ontarien reconnu comme l’un des leaders des Barenaked Ladies, n’est pas tellement connu ici, au Québec. Il propose avec Havana Winter une musique qui ne peut aspirer à aucune autre étiquette que celle de folk-rock atmosphérique. Typiques à la folk, les sonorités de piano, slide, lapsteel et autres guitares côtoient chez le claviériste les synthés et quelques éléments plus électro – quoi qu’il y en ait pas tant que ça, on les remarque bien.
Dès les premières écoutes, on comprend aisément qu’il a été touché par le génie de Brian Wilson ou encore de Van Dyke Parks, qui signait d’ailleurs quelques arrangements de cordes sur l’album précédent, The Miracle Mile. Si vous aimez ces deux-là, tout comme les Beach Boys, vous serez plus facilement conquis. On y retrouve en effet la petite touche intello-tropicale qui vous plaît tant.
De façon générale, le disque est bien réalisé, peut-être trop en fait. C’est quelque peu aseptisé, ce qui est plutôt inadmissible pour une folk si groundée. Il y a certainement de beaux moments de folie avec une présence vibrante de synthés analogues, des percussions inventives, … mais tout est tellement compressé, peaufiné qu’on n’y sent, au final, plus grand’ chose d’organique. Et cette réverbération omniprésente… Comme si en 2009, on n’avait toujours pas compris que de la reverb, si on l’entend, y’en a trop. L’ambiance est tellement franche, pas besoin d’en générer une, synthétique de surcroît.
Havana Winter ne contient que sept titres et ne dure qu’une quarantaine de minutes, un format condensé très efficace. On remarquera, entre autres, la space-folk de Coma, la pièce d’ouverture et le punk-jazz d’On the Runway, que vous apprécierez grandement si vous êtes sensibles aux riffs krautrock de Neu!. Sinon, les pièces lentes sont un peu contemplatives et, dû aux problèmes de réalisation mentionnés précédemment, elles peuvent devenir quelque peu lassantes. Ceci dit, l’album demeure assez fort et bien ficelé pour se permettre une écoute d’un bout à l’autre sans regretter.
À écouter si vous aimez déjà : les Barenaked Ladies, Aaron Neville, Eric Clapton, Lyle Mays

Artiste : Mad’moizèle Giraf
Titre : Peindre la giraf
Étiquette : High Life Music
Note : C+
Finaliste des dernières Francouvertes et reconnue à Montréal, bien plus qu’ailleurs en province, Mad’moizèle Giraf n’est tout de même pas un phénomène typiquement métropolitain. Elle offre une musique sincère, impliquée qui devrait se dénicher un public plus vaste sous peu. D’ailleurs, le premier extrait Sub su’a job leur avait offert une rotation importante sur les radios commerciales l’été dernier, eux qui ont effectivement un son très estival.
Musicalement, même si encarcanée dans son style raggamuffin nonchalant, la musique de Peindre la giraf pourrait se développer davantage, donner une matière plus diversifiée. On sent effectivement des efforts en ce sens, au niveau des sons synthétiques notamment, mais ça ne semble pas assez. L’utilisation d’arpégiateurs plus complexes, de filtres moins clichés pourrait notamment faire du bien à l’ensemble. Toutefois, on remarque une certaine qualité d’arrangements, laquelle apporte un côté très organique à leur musique. Cela laisse croire qu’une fois sur scène, MMZG doit être par beaucoup plus redoutable.
Côté paroles, une certaine perplexité demeure toutefois. À moitié tournés vers eux - par l’éloge du ragga, à moitié tournés vers le monde - avec des commentaires actuels, les textes s’attaquent un peu naïvement à leur objet. Ou bien ce sont les rimes qui les empêchent de s’exprimer avec éloquence, ou bien c’est la forme qui les oblige à synthétiser leurs idées sans trop de confort. Mais il reste que le commentaire est souvent très sommaire, malgré toutes les louables intentions. Toutefois, comme il en est le cas avec leur musique, il est présumable que leurs histoires s’écoutent et se comprennent mieux dans un contexte de spectacle, plus collectif et plus festif. Cependant, au niveau du flow y’a définitivement quelque chose qui achoppe. Il faut s’amuser plus que ça avec la langue : il faut mettre à profit le travail investi dans les textes et en faire quelque chose de musicalement perceptible. Des pièces comme Sublime tentation et Fanny comportent déjà des moments beaucoup plus sentis, plus brillants à cet égard.
En somme, c’est un bel effort brut, mais qui aurait pu se permettre de mûrir davantage. Mais avec le contexte musical actuel, il est bien plus que probable qu’ils aient voulu surfer sur la vague de succès que leur ont apporté les Francouvertes et ça se comprend plutôt bien. Du moins, ça s’excuse très facilement.
À écouter si vous aimez déjà : Massilia Sound System, les moments plus dancehall des Loco Locass, les compils Rub-a-Dub

Artiste : Adriane Lake
Titre : Morning Glow
Étiquette: Mineral Music
Note : B+
Surtout connue à titre de productrice de musique ambiante et drum’n’bass sous son pseudonyme d’Adri, Adriane Lake offre avec Morning Glow un album de chansons qui pourrait surprendre. Elle crée par ses différents titres une mosaïque musicale, où se côtoient très bien des textes fragiles, des mélodies sensibles, des arrangements très organiques et une pop analogique très avant-gardiste. Cet album iconoclaste se caractérise principalement par une grande tendresse, déjà évoqué par tout l’artwork de l’album, et tout particulièrement par la belle naïveté de la pochette.
Elle a créé pour ce deuxième album une musique lumineuse et surtout, des ambiances très précises, très intelligentes, mais avec un côté suggestif si fort qu’on a parfois l’impression d’écrire nous même une partie de la musique que l’on écoute.
Puisque cette artiste œuvre essentiellement auprès des chefs de fil de l’underground canadien, notamment Fidgital et l’indie inclassable de Landscape Body Machine, il est très difficile de recueillir des détails sur l’artiste. Cependant, au-delà même de dévoiler son grand talent d’artiste, c’est elle comme femme qui se met au grand jour avec Morning Glow.
Si la pop contagieuse de So Beautiful, le premier extrait de l’album, séduira de façon plus large, le reste des pistes renferme de petites perles expérimentales qui accrocheront assurément les amateurs de pop hors-sentiers. Vraiment, si vous êtes le moindrement touchés par les démarches électroniques très émotionnelles d’artistes comme Björk, évidemment, mais aussi Kate Havnevik ou Imogen Heap, vous risquez de passer de très beaux moments en compagnie d’Adriane Lake, quitte à tomber en amour avec elle. Une question de temps avant de céder à ses avances musicales…
À écouter si vous aimez déjà : Björk, Kate Havnevik, Imogen Heap, Joanna Newsome











