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L’économiste Éric Pineault sceptique face à Énergie Est

Photo : Un pipelineAlors que le Ministère des finances voit Énergie Est comme un projet porteur pour le Québec, Éric Pineault, économiste et auteur, entretient des doutes par rapport au potentiel économique.

M. Pineault présente la conférence Le piège d’Énergie Est, ce soir, au Cégep Limoilou. Entretien avec l’auteur et conférencier.

Q. Le Ministre des Finances avance qu’Énergie Est ajoutera 4,3 milliards au PIB en 10 ans et consolidera des emplois dans l’industrie pétrochimique. Quelle est votre lecture de la situation?

Éric Pineault. J’attends l’étude à laquelle fait référence le ministre des Finances avant de me prononcer. Honnêtement, du peu que j’ai compris de l’étude, j’ai de gros doutes.

Les retombées économiques après la construction du pipeline sont minimes et faciles à estimer : une quinzaine.

Le deuxième type de retombées est relié à l’augmentation du pétrole canadien transformé au Québec. Les 300 000 barils par jour transformés à la raffinerie Valero de Saint-Romuald et Suncor de Montréal augmenteraient à 400 000 barils.

La demande en hydrocarbures va plafonner au Québec et au Canada, on est dans une situation où on doit diminuer notre apport en hydrocarbure. Les barils supplémentaires seront donc destinés à l’exportation sur les marchés internationaux.

Q. Exporter sur les marchés internationaux peut-il être avantageux pour le Québec?

E. P. D’un point de vue strictement économique ça peut être très positif pour nous d’exporter du pétrole et de le faire bruler ailleurs.

Toutefois, les pays producteurs de pétrole ont tous la même stratégie en ce moment : sortir le pétrole de leur sol le plus rapidement avant que la demande ne stagne dû à l’accord de Paris et à l’électrification des transports.

Le Canada n’est pas compétitif face à ces autres pays producteurs : notre pétrole est de mauvaise qualité et il coûte cher à produire. Pour produire quatre barils de pétrole au Québec, il faut en bruler un. En Arabie Saoudite, le ratio est d’un baril brûlé pour en produire 300. Le rendement de notre pétrole n’est vraiment pas concurrentiel.

Q. D’un point de vue environnemental, l’oléoduc passera dans 860 cours d’eau, dont une trentaine de rivières majeures. Quelles sont les chances qu’un déversement survienne?

E. P. Le Centre national de formation en traitement de l’eau a mandaté un ingénieur qui a étudié le pipeline Keystone. Celui-ci est très semblable au projet d’Énergie Est.
Depuis 2010, l’année de son entrée en fonction, Keystone a connu cent quarante déversements, dont quarante majeurs. Chacun de ces déversements majeurs équivaut à quatre à cinq piscines.

Projeter ces résultats sur le Québec et Énergie Est donne un déversement probable aux quatre ans. On ne se questionne à savoir s’il y aura des déversements : il va y’en avoir un.

Par ailleurs, les méthodes de contrôle de Transcanada ne sont pas rassurantes. Pour détecter une fuite, on observe les écarts de pression. Dès qu’il ya une chute de pression, il y a une fuite. Le processus pour interrompre le flux s’enclenche alors et prend quatorze minutes. Chaque seconde, 2000 litres s’écoulent. Le calcul est simple : 2000 litres multiplié par 60 secondes puis par 14 minutes. Ce pétrole calle ensuite au fond des cours d’eau et se mélange avec la boue, ce qui est très difficile à nettoyer.

Propos recueillis par Anne-Marie Poulin.

7 mars 2017